Occuper ma tête pour pas que ton image surgisse trop souvent.
L'ambulance fait rouler son alarme, elle vient me chercher parce que j'ai le corps en sang.
Mon coeur a éclaté et depuis le plancher est innondée.
Occuper ma tête pour pas que ton image surgisse trop souvent.
Je me répend en sillon entre les craques du parquet pour disparaître, m'éloigner de ton visage.
Me désintégrer pour renaître comme un phénix. Nouvelle vie-nouvelle page.
Faut que j'me fasse une raison, tu peux pas continuer à hanter l'air que je respire. Tu sortiras de ma chair, l'odeur s'effacera, camouflée sous mille histoires, mille différents parfums.
Les ambulanciers sont arrivés. Ils s'évertuent à garder en vie le reste de ma lucidité. Refaire passer l'oxygène dans mes poumons que ma gorge refuse.
Ça fait déjà deux jours que j'ai perdu le souffle.
Que je suis tombée sur le cul.
Que j'ai le visage mouillée de larmes rouges.
Que j'assaie d'oublier le millième de seconde qui m'a foutue par terre. Aterrée.
J'ai sombré dans un coma. Je suis en attente...en attente d'une réanimation complète.
D'une piqure, d'une cure.
D'une façon de continuer en me disant qu'un jour tu vas me croire, au moins un peu, pour commencer.
D'ici là, prends soin de toi, je vais m'évader un peu dans un tourbillon, me promener un peu partout. Je vais courir encore à ma perte pour oublier qu'on s'est connu.
Transformer ma vie, me relever et nettoyer le sol que j'ai souillé de ma tristesse. Je vais la mettre en berne pour quelque temps, la confier aux ambulanciers et offrir mes spasmes de vivre aux inconnus. Me fondre dans des complicités éphémères.
Tu sauras ou me trouver si jamais tu décides de m'apporter l'antidote de la souffrance.
Tu me manques encore...
3 commentaires:
Les images de ce texte sont très efficaces et provoquent chez moi un effet tel que je ne sens plus mes jambes et je crois que mon nez saigne. Mais oui... IL SAIGNE !!!
Un mélange de dégoût, de désespoir, de frustration et de sadisme se dégagent de ces mots par l'unique procédé des images. Ce qui est intérressant, c'est inévitablement le passage d'abstraction à image concrète, de passer d'un coeur qui explose à une action décrite de manière intagible: chose que les mots peuvent aider à créer.
En revanche, la musicalité pour être améliorée afin de produire un effet encore plus intense chez le lecteur. J'entends par musicalité non pas d'accorder ses flatulences selon le "la" universel, mais bien de travailler d'une part la rythmique et d'autre part les sonorités. Si un passage évoque l'agressivité, l'alitération en "s" qui sille ou sons durs peut être efficace, etc. Il en est de même pour les passages qui devraient moins couler. En fait, nous parlons ici de longueurs de plans dans le montage (voir à cet effet "Le film, sa forme, son sens" d'eisenstein).
Je me sens mieux. Maintenant, je veux me faire l'amour.
Ah Nestor,mais laisse-moi donc te faire l'amour et ensuite t'essuyer le nez!
J'adore tes commentaires concis! Le sadisme....tu me connais!
'...la confier aux ambulanciers', c'est bon. C'est moins abstrait, moins romantique, moins je-me-moi. Ça implique vaguement un peu plus de social dans l'affect du narrateur, en tout cas dans cette partie-là du texte, qui empêche ton discours d'être trop égocentrique, insulaire. Comme quoi c'est pas seulement 'je' et 'tu' qui existent, mais aussi 'ils' et, à la limite, 'nous'.
Voilà. J'me suis manifesté.
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