Ça sent mauvais.
Déjà deux mois que ça fermente.
Les détritus surabondent.
Tout dégringole.
Faut que j'fasse le ménage, j'vais perdre la raison.
Le corps plié en deux, les mains sur le ventre, j'me sens défaillir.
Mes narines picotent, mon cerveau bouillonne, mes entrailles suintent.
Ja vais dégeuler.
Laisser couler dans les dédales de la ville la rivière d'amertume qui me bouffe le coeur.
La laisser s'éloigner tranquillement, loin, plus loin encore.
Et vlan sur le trottoir.
Ça sent mauvais.
L'air est souillé.
Je batifole avec la folie, le regard vitreux, le pas lent.
Et je titube, ivre de dégoût.
Et je crie:
"Aidez-moé quelqu'un, on dirait que le monde sait plus vivre!!!"
Les éboueurs arrivent, le camion à moitié chargé.
Les gants dans les mains, ils vident, ils vident la rue des déchets, des sacs de haine, des sacs de solitude, des sacs de colère et ils m'enlèvent mes vêtements sales, pourris des souvenirs du passé.
Nue.
À nouveau foetus.
Dépouillée et fraîche.
Je repars, l'air est bon.
Un frisson me parcours l'échine.
Quelqu'un m'a entendu.