mardi, juillet 26, 2005

Quelqu'un m'a entendu...

Ça sent mauvais.
Déjà deux mois que ça fermente.
Les détritus surabondent.
Tout dégringole.
Faut que j'fasse le ménage, j'vais perdre la raison.
Le corps plié en deux, les mains sur le ventre, j'me sens défaillir.
Mes narines picotent, mon cerveau bouillonne, mes entrailles suintent.
Ja vais dégeuler.
Laisser couler dans les dédales de la ville la rivière d'amertume qui me bouffe le coeur.
La laisser s'éloigner tranquillement, loin, plus loin encore.
Et vlan sur le trottoir.
Ça sent mauvais.
L'air est souillé.
Je batifole avec la folie, le regard vitreux, le pas lent.
Et je titube, ivre de dégoût.
Et je crie:
"Aidez-moé quelqu'un, on dirait que le monde sait plus vivre!!!"
Les éboueurs arrivent, le camion à moitié chargé.
Les gants dans les mains, ils vident, ils vident la rue des déchets, des sacs de haine, des sacs de solitude, des sacs de colère et ils m'enlèvent mes vêtements sales, pourris des souvenirs du passé.
Nue.
À nouveau foetus.
Dépouillée et fraîche.
Je repars, l'air est bon.
Un frisson me parcours l'échine.
Quelqu'un m'a entendu.

lundi, juillet 25, 2005

Effets secondaires

Les doigts dans le creux de ma gorge
La bile qui afflue dans mon oesophage
Le déluge dans la toilette
Faut que j'évacue
Faut que j'évacue

mercredi, juillet 20, 2005

J'veux une désintoxe!

Occuper ma tête pour pas que ton image surgisse trop souvent.
L'ambulance fait rouler son alarme, elle vient me chercher parce que j'ai le corps en sang.
Mon coeur a éclaté et depuis le plancher est innondée.
Occuper ma tête pour pas que ton image surgisse trop souvent.
Je me répend en sillon entre les craques du parquet pour disparaître, m'éloigner de ton visage.
Me désintégrer pour renaître comme un phénix. Nouvelle vie-nouvelle page.

Faut que j'me fasse une raison, tu peux pas continuer à hanter l'air que je respire. Tu sortiras de ma chair, l'odeur s'effacera, camouflée sous mille histoires, mille différents parfums.

Les ambulanciers sont arrivés. Ils s'évertuent à garder en vie le reste de ma lucidité. Refaire passer l'oxygène dans mes poumons que ma gorge refuse.

Ça fait déjà deux jours que j'ai perdu le souffle.
Que je suis tombée sur le cul.
Que j'ai le visage mouillée de larmes rouges.
Que j'assaie d'oublier le millième de seconde qui m'a foutue par terre. Aterrée.

J'ai sombré dans un coma. Je suis en attente...en attente d'une réanimation complète.
D'une piqure, d'une cure.
D'une façon de continuer en me disant qu'un jour tu vas me croire, au moins un peu, pour commencer.

D'ici là, prends soin de toi, je vais m'évader un peu dans un tourbillon, me promener un peu partout. Je vais courir encore à ma perte pour oublier qu'on s'est connu.

Transformer ma vie, me relever et nettoyer le sol que j'ai souillé de ma tristesse. Je vais la mettre en berne pour quelque temps, la confier aux ambulanciers et offrir mes spasmes de vivre aux inconnus. Me fondre dans des complicités éphémères.

Tu sauras ou me trouver si jamais tu décides de m'apporter l'antidote de la souffrance.

Tu me manques encore...

jeudi, juillet 14, 2005

Glow

Tu ne l'as pas vu accroupie dans le coin du salon à sangloter. Tu riais avec le reste de la ribanbelle, de tes belles dents blanches. La panse énorme et le gros fric dans les poches. Tu n'as pas vue la jeune fille que tu blasais ce soir-là...après lui avoir flanqué une claque au visage. La larme salée, tu ne l'as pas goûté alors qu'elle coulait sur sa joue. Et la marque rouge, bouffie qui maquillait son visage, tu ne la voyais pas. Tu déblatais. Tu brillais. La jeune femme assise dans le coin du salon a les yeux vides et le corps mou. Elle a honte d'elle-même. N'ose plus parler. Ils se foutent tous de sa gueule. C'est toi le roi. L'homme-Dieu. Tu ne l'as pas vue la tristesse dans ses yeux. Tout ce que tu voyais c'était toi.

simple simple

C'est le matin quand je me lève que j'ai le goût de t'écrire.
Tu sais quand le sommeil quitte tes yeux et que le jour entre dans tes pores!
Quand tes muscles s'étirent, regénérés.
La première parole au levée du lit.

C'est quand je suis sous la douche que j'me sens vivre.
Là je me dis que tout est possible.
Hier n'a jamais existé.
C'est aujourd'hui, encore, que tu vas m'embrasser l'épaule.
Pas hier, toujours aujourd'hui.
De la tendresse à perpétuité.

Et puis la première bouffée d'air, la vie qui grouille dehors, qui ne fait que m'attendre.
La fraîcheur de l'inconnu et du hasard qui s'installe à chaque réveil.
L'impromptu qui colore ta journée.
Bien là j'ai juste le goût de m'installer et de t'inventer des histoires.

Tu vois, je la recommencerais toujours cette vie avec toi.

mardi, juillet 12, 2005

L'accordeur

Douleur nonchalente qui grimpe sur mes reins à la recherche de l'estampe, de la musique.
Une trace sur une échine qui parcelle, parcourt le reflux sanguin.
Les nerfs s'électrisent et les jambes tremblent.
Fermer les yeux juste pour s'évader.
Oublier l'aiguille qui perce ma chair.
J'écoute le sillement des machines et je me laisse accorder.

samedi, juillet 09, 2005

La révoltée

C'est pas normal d'avoir à crier pour se faire
comprendre alors qu'on parle la même langue.

Tu m'as mis une muselière au visage. J'me sens en cage!

C'est pas normal de plus sentir les odeurs,
d'avaler du réchauffé quand on dit pourtant s'aimer.

J'ai le poil dressé, les oreilles pointées, je suis prête à attaquer.

Veux-tu bien m'dire c'qui marche pas sur la terre. Les amants
ne savent même plus s'aimer. On se retrouve toujours nez-à-nez avec nos histoires du passé.

Quand tu me dis que tout est de ma faute,
j'ai juste le goût de t'engueuler.
Quand tu me fais toujours l'amour
de la même façon, j'ai juste le goût de pleurer.
Quand tu mets tes vieux caleçons carottés,
j'ai juste le goût de m'enfuir.

Ma liberté, tu me l'as enlevée! Fais attention à toi parce que je pourrais m'énerver.

J'va mettre mes sandales pis j'va partir en cavale.
J'va mettre mes sandales pis j'va partir en cavale.

L'inexorable

On était quatre ce soir là. Quatre à lutter contre le temps. Couchés sur une couverte! Au plein milieu d'un parc. Quatre. À rire comme des fous pendant que les autos défilent et que la terre tourne. On pensait juste à nous. À ce moment précis de notre existence. Garder le cape. Ché pas si c'est l'gars qui est venu pour une smoke ou le vieux qui dormait accoté à l'arbre. Les maringouins ou l'obscurité. Le joint ou la pomme qu'on a mangé à quatre, mais y'avait ce soir là une vibe! Ça parlait d'elle-même. Toi, tu avais une étincelle dans les yeux. Tu le regardais comme on regarde une fleur. Émerveillée. Lui il te lançait de ses regards qui veulent tout dire. Ouais, ce soir là, nos corps se parlaient entre eux, sans paroles. Moi, j'avais devant moi l'inconnu. Le genre d'inconnu qui te fait te demander:" Est-ce que je lui donne une chance à lui?" On avait pas parlé longtemps, et pourtant, j'avais le goût, ce soir-là, de me foutre du reste du monde. Y'avait juste nous quatre qui comptait. Tu sais le genre de soirée qui devrait toujours durer. Renverser le sablier juste pour une fois, histoire de donner encore plus de temps à l'autre. Encore quelques paroles. Prolonger le plaisir qui tend pourtant à fuir. L'inexorable. Alors l'heure a quand même défilée. On a secoué la couverte et on est reparti comme de rien à travers la ville. Ça s'est terminé comme ça. On avait pas eu le temps de s'offrir. On avait été trop nonchalent. Y'en a combien des chances comme ça qu'on laisse passer?

mardi, juillet 05, 2005

Bien au chaud en quarantaine

J'me suis arraché le coeur
pis je l'ai caché dans le fond de ma sacoche.
J'avais pas le choix.
Pour pas qu'on me le vole, qu'on le bascule, qu'on le secoue.
J'avais pas le choix, pour un peu de paix.
Je l'ai enveloppé dans mon foulard,
il va rester au chaud maintenant.
J'le garde, j'fais mon égoïste.
Je signe pas ma carte de don d'organes.
J'te l'prête même pas pour deux secondes.
J'me suis arraché le coeur pour que tu m'laisses tranquille.
J'le traîne sur mon épaule,
il cogne mes hanches,
j'le fais battre quand je marche, quand je dévale la ville.
J'va t'appeler quand il va avoir retrouvé sa forme,
quand la cicatrice sera belle, assez pour que tu l'embrasses pis que ça me fasse du bien.
J'va t'appeler.

Le penseur oublié

le penseur oublié
s'arrache le coeur
au levée du soleil
son encre est sèche
son papier s'ennuie
laissé dans sa tourelle de tristesses
il songe à celle qu'il aime
encore
en silence

le penseur oublié erre
entre les quatre murs
il écoute les pas
de sa morte adorée
qui monte et qui descend
dans la tour barricadée
la musique des pas que fredonnent les pieds nus
une musique qui s'infiltre dans la serrure dans les fissures de la porte
un boum boum qui dicte le rythme à son coeur
ce qui le tient en vie
le penseur oublié
en vie
en vie
juste en vie