C'est à se demander pourquoi les choses ne changent pas. Ne changent pas aussi vite qu'on le voudrait. Ne changent pas tout simplement quand on a besoin de changement. C'est peut-être parce qu'on s'accroche trop. Aujourd'hui j'ai entendu quelqu'un dire qu'il fallait faire confiance à la vie. Comment est-ce qu'on fait pour faire confiance à un concept, à quelque chose d'invisible, de non tangible, bref à quelque chose d'immensément abstrait et impromptu? Dernièrement je m'amusais à dire que j'aimais l'impromptu. Peut-on tout miser sur l'impromptu, sur le hasard? Lui faire confiance. Tout ça fait réellement peur. La dépossession. Comme en avion alors que tes pieds ne touchent pas le sol. La dépossession. La perte d'un certain contrôle qu'on recherche constamment. La tête qui te tourne et le corps qui tangue sur une trottoir cahoteux, incertain. Une ivresse qui te donne une boule dans l'estomac. Quelques sanglots parce que tu es trop faible pour les retenir cette fois. On se sent si vulnérable dans un monde capitaliste. L'autre jour j'étais dans l'autobus à observer la foule s'en aller travailler et je me suis dit: Merde, ma vie consiste réellement à travailler jusqu'à ma mort? C'est vraiment ça la vie? Se trouver un boulot qu'on aime et puis ramasser du fric parce que tout demande du fric. Je commence à croire à l'autarcie. Peut-être finalement que c'est ça la vie, la régression. Un retour à la terre forcée! de toute façon, faut se rendre à l'évidence; tous les signes sont là. Dans peu de temps, les ressources vont manquer. L'or noir s'évapore. Il se transforme en sable qui te glisse entre les doigts alors que tu fermes le poingt pour le retenir. Te glisse entre les doigts alors que tu serres pour le rattraper. Alors je me lève le matin avec toujours les mêmes idées que l'on devrait peut-être faire bouger les choses et mettre des bombes un peu partout pour que le voisin se retourne et te regarde. Pour qu'il s'aperçoive que toi aussi tu existes. Qu'il te tende la main et qu'au coin de sa bouche se dessine quelque chose qui s'apparente à un premier sourire. Foutre des bombes pour que tout le monde réalise que c'est futile de toujours vouloir acquérir et de lever les coudes pour arriver sur le sommet de la montagne. Je dis pas que je vais porter atteinte à vos vies, je dis simplement que j'en ai marre de toujours avoir à tout relier à l'argent. Et ce soir en buvant mon thé, je me suis mise à réfléchir sur ma condition et j'ai pris la décision de ne plus m'en faire et d'attendre ma mort comme tout le monde...
1 commentaire:
Ce texte mélange drôlement des considérations abstraites, donc fondamentales, avec des considérations politiques. Comme si, sur le terrain de l'abstrait, le concret guette avec son crochet et n'attend qu'un moment d'innatention pour te ramener à lui. Ainsi, après s'être arrêté très pathétiquement sur l'intangibilité du concept "vie", ce qui touche à la grande abstraction tragique qui parcourt nos vies, on est ramené à des réalités concrètes stagnantes, à notre relation avec ces réalités, comme si c'était cela qui nous déterminait vraiment. J'aimerais tant voir ces considérations disparaître... Après avoir eu un bain d'actualité en fin de semaine, puisque les gens chez qui je me trouvais y sont plongés complètement, je n'en pouvais plus. Je pense notamment aux débats sur les agressions sexuelles, le statut de la dpj et tout et tout... Si on ne s'arrête qu'à l'actualité pour penser ce genre de phénomène, on ne va nul part... On veut nous faire croire que toute la substance des problèmes est débattue sur la scène publique... Alors que l'on oublie l'essentiel, le fondement abstrait de tout, le sentiment esthétique face à la vie, et tout ce qui n'a aucun rapport avec la grossiéreté de la justice, de l'actualité, et des barbares qui sont en cause... L'actualité, c'est la pire masquarade qui existe. Croire que l'on vit maintenant, que l'on connait les vrais problèmes (alors qu'on ne traite que de problèmes de justice sociale et surtout d'organisation de cette justice), et... bah, je méprise les médias d'actualité, ces fossoyeurs d'opinions morales... Ils ont fait de toi et moi des êtres tout aussi grossiers que des criminels d'enfants. Je déteste tous les concepts que tout le monde mâche et remâche sans savoir ce que c'est... Vous voulez tout ramener à des réalités concrètes alors que vous n'êtes jamais revenus vous-mêmes à votre abstraction et insolvabilité... Personne n'est crédible, aucun discours n'a de valeur de vérité, personne ne sait de quoi il parle, personne n'a raison (excepté peut-être moi...), tous le monde est inconscient de leur masquarade, personne ne sait de quoi il est ou n'est pas capable. Quelqu'un qui prétendrait le contraire est déjà un plus sal cochon que tous ceux dont il parle. Et merci Madeleine de m'allumer ainsi et de me donner un goût de thé!...
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